Au coeur de l'Inde...

Tranquillement assis au Blue Lassi Shop, en train de savourer un délicieux mélange de yaourt et de fruits, dans un bol en terre cuite à usage unique, il doit être midi, la ruelle particulièrement étroite entourée de bâtiments qui de ce fait paraissent immenses, est la protection bienvenue que la ville nous offre contre la chaleur ardente du soleil et de ses rayons, qui ont du mal à s’engouffrer dans ses entrailles. Même les auto-rickshaws et leur désagréable klaxon ne parviennent pas jusqu’ici.

Des chants aux sonorités religieuses se déplacent à travers la vieille ville et, de ruelle en ruelle, d’écho en écho, parviennent à nos oreilles. Alors que, se rapprochant, moins assourdi par la distance, la procession arrive à hauteur de la minuscule échoppe, c’est un corps mort qu’on aperçoit le temps de quelques secondes. Un corps à peine enveloppé dans un fin tissu blanc qui en laisse entrevoir la fine silhouette, une femme certainement. Un corps transporté sur un brancard de bambou par quatre membres de la famille, accompagnés d’amis proches qui entonnent les chants. Un corps parmi tant d’autres qui sont promenés à travers la vieille ville jusqu’au ghat de crémation.

Le Manikarnika Ghat

Le Manikarnika Ghat, un retour à la préhistoire sans machine à remonter le temps. Depuis plus de 3500 ans, les mêmes rituels y perdurent. Depuis plus de 3500 ans, le feu de Shiva y brûle fièrement. De jour comme de nuit les corps arrivent les uns après les autres, sans pause, 300 y seraient brûlés chaque cycle de 24 heures, un véritable spectacle qui s’offre à nos yeux d’européens habitués à ce que la mort soit noire, triste et discrète.
Au contraire, si les Hindous viennent à Varanasi (Bénarès) des quatre coins de l’Inde pour la crémation de leurs proches, c’est que passer de vie à trépas ici permettrait d’atteindre le Moksha (libération du cycle de réincarnation), pas de larmes donc, plutôt le bonheur d’offrir à ses proches la chance de s’envoler vers d’autres cieux…

Après que le corps ai été transporté à travers la vieille ville, arrivé au ghat, il est plongé à plusieurs reprise dans l’eau sacrée du Gange. Pendant ce temps, la famille s’occupe d’acheter le bois nécessaire à la crémation, d’énormes tas de différentes essences sont entassés en haut du ghat. Selon les moyens, elle choisira des essences plus ou moins sacrées, avec une préférence pour le santal. Au milieu d’une dizaine d’autres feux, le bûcher funéraire est préparé, soigneusement. Les bûches sont entassées par couches perpendiculaires les unes sur les autres, et le corps, dont la tête a parfois été débarrassée de son tissu, allongé sur son sommet. Une fois prêt à être incendié, le fils ainé (à défaut le membre le plus proche), préalablement entièrement rasé, le crâne et la barbe, et vêtu de blanc, vient enflammer le bûcher avec l’éternel feu de Shiva dont il est allé récupérer une flamme en haut du ghat, à l’aide d’un peu de paille.

...Varanasie

La crémation dure une à trois heures, généralement le corps est entièrement consumé par les flammes. Si toutefois par manque de bois et donc de moyen il devait y avoir quelques « restes », ils seront délicatement mis dans le Gange avec les cendres, à l’endroit même où quelques indiens, immergés dans l’eau, filtrent les cendres devenues boueuses à l’aide d’un tamis, afin de récupérer les éventuelles boucles d’oreilles ou autres bijoux de valeur que les familles laissent sur le corps. A peine plus loin, un homme pêche régulièrement de gros poissons et juste à côté de lui des hindous viennent se laver de leurs péchés, en contrebas du ghat de crémation.