Nous sommes tranquillement allongés sur nos lits, dans la chambre que nous avons prise à Bat-Ulzii, lorsque soudain la porte s’ouvre. C’est Оттоо, le propriétaire des lieux, qui bondit dans la pièce sans crier gare. Les portes ne sont pas des obstacles qui méritent qu’on y toque avant d’entrer. On prend des risques en Mongolie, si on ne les ferme pas à clé…
Оттоо, prononcer O-T-R-O, en insistant bien sur le R, avec un raclement de fond de gorge, et le deuxième O un peu plus ouvert, presqu’un [eu]. Le jour de notre arrivée en Mongolie, un jeune nous a enseigné les rudiments de la langue. On a eu du mal à répéter ces mots étranges où les « i » ressemble à des « ch » soufflés, les dents serrées. Un peu comme un chat qui menace. Bayarlalaa (merci) donne bachlala.
On s’est dit : « il a un cheveux sur la langue celui-là ! ». Après quelques jours, nous avons entendu beaucoup de chats-qui-crachent, mais pas que. Il semblerait que certains ont une langue moins baveuse, dure dans la prononciation avec les consonnes qui s’enchainent (nous n’avons jamais bien compris leur réponse après un « Bayarlalaa », ça ressemble à « chtkt »).
Bat-Ulzi et sa mosaïque de couleurs
Ottro donc, fait parti de ceux qui ont l’accent dur. Pas un zozotteur. 1,60 mètres à tout casser, de fines pattes d’oie au coin des yeux et le sourire collé au visage, ce monsieur nous a ouvert les portes de ce qu’on pourrait appeler une Guest House improvisée. Quelques dortoirs avec des lits simples, des toilettes dans le jardin (un cabanon, un plancher avec un trou au milieu, et une odeur qui permet de se passer d’un panneau « WC » à l’entrée). Pour se laver, c’est la douche publique, 200 mètres plus loin dans le village.
Оттоо, d’abord timide, puis de quelques rires, le voilà qui nous parle, nous parle encore, même si on ne comprend pas. Il nous présente sa fille Salman. Elle parle anglais ce qui nous permet enfin de lui faire comprendre ce qu’on essayait de dire depuis quelques heures : y a-t-il un resto dans le coin? Pas de resto, fermés, on ne saura pas vraiment pourquoi. Qu’importe, une situation en mène à une autre, je suis en cuisine le lendemain, aider Оттоо à préparer des Buuz au boeuf, savoureux !
Оттоо habite un peu plus loin dans le village, une maison en briques rouges, le toit en tôle bleue, un 4×4 garé dans le jardin, à côté des toilettes. Dans l’entrée, qui donne directement sur le salon, des canapés confortables, un petit espace salle d’eau avec un grand réservoir à eau et un petit lavabo. Au niveau de la porte d’entrée, pratique et logique, un dérouleur de papier toilette.
J’entends un bourdonnement de réfrigérateur dans la cuisine, d’où se dégagent de fortes odeurs de lait fermenté et de fromage. Dans la chambre de sa fille, des posters, une chaîne hi-fi, des bibelots Hello Kitty, un matelas simple posé contre le mur. Salman sort ses photos de famille en disant qu’elle rêve d’aller étudier aux Etats-Unis.
Le dernier soir, quand on demande à Оттоо de faire un petit feu dans le jardin, dans l’idée de faire cuire des chappattis, nous voilà à la Saint-Jean ! Il ne fait pas semblant.
Nous le saluons devant le bus, direction Ulan-Bator. Il a tenu à nous accompagner. Une poignée de main franche, un dernier regard à ce visage de Mongolie, et c’est parti pour 8 heures, ensardinés à 5 sur la banquette arrière du minibus.
2 Comments
C’est normal qu’il ne crie pas « gare » vous n’etes plus dans le transsibérien.
Pour les wc ne pas désespérer quand j’étais gamin il y avait les memes à Russargues , à Laval, c’est dans ces lieux que j’ai appris à lire…..PQ journalier….et maintenant chasse d’eau avec possibilité internet.
Quand on voit à quelle vitesse les WCs évoluent… à se demander sur quoi on va s’assoir demain 😉